Grande prison des stigmates

Je souffre des plis vulvaires de la lune
Cicatrices argentées sur mes nymphes d’émoi
Qui grugent le bois huileux des naufrages
Et mes yeux froissés de vestale impie

Apaise ma peine de ton hymen froid
Serre contre ma nuque tes cuisses d’oubli
Tes cheveux sont des aiguilles rouillées
Dans mes bras assoiffés de sucs maladifs

Nous prierons le vide et recevrons la terre
Je vendrai ta salive aux apaches éborgnés
Pour une seconde d’éternité assourdissante
Pour un instant tragique, le souffle coupé

Le rêve n’a plus de regards, et toi,
Femme aux mille sexes armés de fer
Tu plonges dans mon esprit tes cils vacillants
Pour éclairer le ciel d’apostasies flamboyantes

Notre agonie sera pavée de marbre obscur
Assourdissante comme l’aliénation délirante
Dans la grande prison des stigmates
Refuge abyssal des corps fracassés

Crevasse fibreuse ange d’oubli

Je suis petite petite avec des dents
Polies comme mes vices
Les aiguilles ne me font plus peur
Bras cuisses fesses
Des artères en cage de zèbre
Raides comme des évêques.

Sucre roux englués poils de sérum chaud
Je suis infusée de doutes malléables
De rêves bulgares sur ma motte savonneuse
De miel d’ordures dans mes amours infibulées
Je suis blessée par le temps liquide
Qui coule au cœur putride de mes os.

Mue

Ma bouche cérémoniale
Une fellation en grandes pompes
Les violons funiculaires
Ceci n’est pas une pipe

On me déplace la frontière
Le long dos impensable
J’avale la beauté
Liqueurs de problèmes fixes

Cris des canines dans la vallée
Virgule-moi l’aréole entre les doigts
Bien ficelée sous lune obligée
Compte les gouttes dans la serrure sexuelle

Dans ma robe blanche, jeunesse en tresses
Lèvres noires et jeûne des frôlements
Les pieds nus tachés de boue bleue
Masturbée d’une main les arcanes

Amant improbable
Suant le désordre et la rédemption
Je suis ta fille perverse
Ton amante cruelle sous la faux

Les nerfs striés par le stupre

Un doigt dans la fente, je jute et ne cesse de me vider de ma substance subtile et claire qui jadis pourtant me servait d’alibi. Difficile de franchir la clameur stridente qui s’infiltre hors des rues, stigmates de l’ennui. J’arrive à peine à trancher des liens de cendre et les quatre visions qui jaillissent de sa queue. «Avalokiteshvara!» crient les camelots sans foi qui errent, chiens de paille, sur le fil horrible des rumeurs noires, impassibles. Mince extase, fragile comme du papier, rouge comme un mois sans lune, remplie d’espoirs que nul ne pourrait songer à honorer. La cible n’est ni tiède, ni froide, c’est la chaleur qui tient de programme à tous ceux qui ont perdu, au fil du temps, passion et raison, envie de poursuivre la plénitude du contentement, désir d’être, même. Le bruit est infâme, je n’ose pas bouger, je signe en lettres brûlées de cyprine le sol où gît, obscure et oubliée, celle que j’aurais pu être.

Intromissions diverses

Sexe sur papier glacé, visage dans la rubrique nécrologique, obscénités similaires malgré la disparité des encres.

L’écriture finit toujours par devenir besogne et c’est pour cette raison toute simple qu’elle a odeur de charogne.

Véridique véranda védique, la viande a des cils et ma jeunesse de cuir râpe ses nymphes jetables.

Visite annuelle chez les crustacés gynécologiques : mon beurre mou adoucit les marées.

Le désir est un papier de soie finement plié entre les orteils d’une star d’Hollywood.

Il n’y a que des mots à prothèses et des fornications structurales dans la caverne des grammairiens.

Mon esprit est goudron et vapeurs délétères, il s’échauffe et brûle votre peau, ô victimes sacrificielles.

Création-outre noire le réel est liquide, mais mon crâne est étanche.

Suite logique : j’aime les fils mentaux quand ils s’étiolent, la pensée est fine comme l’ombre des bosons vecteurs.

Troisième vague de chaleur

Jambes jambes jambes jambes malgré les flics
J’ai l’impudeur tatouée par les ministères
Et je n’aime que tes odeurs
De ruelles canines et amoureuses

Je veux ta langue rhizomique
Je suis facile mais pas simple
Je ne suis pas une moule mais une méduse
Cachée dans une montagne de sucre roux

Jus de pêche jus d’organes
Jus de poire tes seins comme des gifles
Je veux voir mon or liquide sombrer au vortex
Du lac de feu de ta bouche charcutière

C’est le grand soir
L’été est jaune dans mon coeur de fromage
Moulin à viande ce trottoir brûlant
De la vile ville des viragos vidangées

Goûte la goutte de l’outre de mes cils si lisses
Je suis la morue volante des secrétaires
Et je jouis en pleurant
Quand tombent les filles mortes

Les quatrains roses de l’utérus hurlant

Fillette rose
Ne crains point
Ton jet de lait gris
Ton détergent à dildo

L’odeur d’abjection morale
De l’ermite antifluoriste
est une fourmi pharmacologiste
une passoire ultrasonique

Cette vieille baratte sodomite
Et cet académicien fondu dans l’acide
Crient l’autopsie coquette
Vibrations boulimiques au téléphone

La blancheur cryptique des condoms
Bruit morveux du marin mordoré
La semence protoplasme du fjord
Émission nocturne

Harponnée sur une veine
Son sperme gicle sur mes seins
Chaud comme des petits coups de langue
Femme froide chique de boudoir

Voyez le sang du Christ
Noir et coagulé
Qui coule entre mes jambes
Sauce cireuse de mon sexe

Ma poésie projette à la ronde
Des lambeaux mous et cancéreux
Pus et flux menstruel
Horribles simulacres de la vie

Le palais des glaces

Depuis des nuits perdue dans le palais des glaces.

Lune de verre sur la rive droite des joues, les cordes se serrent sous ma coiffure. Cascades de sang, de dentelle usée, mon reflet expire derrière les glaces sans tain, et toujours plus lointaine l’issue bien lisse d’une proximité insupportable.

Mon image est méconnaissable, elle est la maîtresse des nuits.

Nuits trop courtes dans l’absence de guide.
Nuits confuses sans sommeil et sans eau.
Nuits si longues qu’on peut en toucher les songes de buée.
Nuits si froides que les images et les corps entrent en fusion.

Et toujours face à moi-même, les mains sur mon corps vitrifié, sans l’espoir d’une remise de peine.

J’ai hérité
des rubans, des chiffons, des baleines, des pigeons, du coton,
des lacets impies, du métal rouge, des chairs à bomber,
des saillies troublantes,
des corps caverneux,
des aumônes, des vulves liquides, des parfums glissants, des consentements hérétiques, des élixirs en filets de salive, du creux, des frictions de râles copulés et des spasmes

pour que mon reflet ait un sens.