Le palais des glaces

Depuis des nuits perdue dans le palais des glaces.

Lune de verre sur la rive droite des joues, les cordes se serrent sous ma coiffure. Cascades de sang, de dentelle usée, mon reflet expire derrière les glaces sans tain, et toujours plus lointaine l’issue bien lisse d’une proximité insupportable.

Mon image est méconnaissable, elle est la maîtresse des nuits.

Nuits trop courtes dans l’absence de guide.
Nuits confuses sans sommeil et sans eau.
Nuits si longues qu’on peut en toucher les songes de buée.
Nuits si froides que les images et les corps entrent en fusion.

Et toujours face à moi-même, les mains sur mon corps vitrifié, sans l’espoir d’une remise de peine.

J’ai hérité
des rubans, des chiffons, des baleines, des pigeons, du coton,
des lacets impies, du métal rouge, des chairs à bomber,
des saillies troublantes,
des corps caverneux,
des aumônes, des vulves liquides, des parfums glissants, des consentements hérétiques, des élixirs en filets de salive, du creux, des frictions de râles copulés et des spasmes

pour que mon reflet ait un sens.

À ma décharge

Si je suis folle c’est que je ne veux pas mourir.
Si je suis mouillée c’est que mes rêves sont trop bleus pour ma propre taille.
Si je suis inerte c’est que moine transversal s’agite dans l’eau du bidet.
Si je suis putain c’est que l’étable vaginale accueille l’axe de la mort en son sein.
Si je suis esclave c’est que les verges pyrotechniques lancent leur lait sans valises sur le sol.
Si je suis amoureuse c’est que les crustacés de mon sexe en bannière ont fini par prendre le dessus.
Si je suis inflammable c’est que l’araignée-miroir a suivi le courant jaune des flagellants.
Si je suis damnée c’est que l’ombre agricole me perce des fenêtres dans les pupilles.
Si je suis sainte c’est que la bave bienheureuse des vulves sans sel a plié en quatre le papier fin de mes songes.
Si je suis une femme c’est que mon désir a trouvé les mécanismes froids des cunnilinctus carnivores.
Si je suis morte c’est que j’ai épuisé ma folie.

Peccadilles à traire

Visite curetage claquement soyons unies on entend la fraise sexuelle des jumelles astrales sur nos dents de polystyrène humide extensions obscures de nos rêves intentions d’encre souhaitons que le parquet sans âge tue l’amour fantôme de l’Euphrate rouge entre nos cuisses vortex et machineries politiques absolutions vexatoires disparitions mordorées quand nous nous heurtons aux constables barbelés et que nous crions des slogans-charogne aux ministères sans épiderme visages sans os l’ongle fatal.

Mme A.A. l’Antiphilosophe remplace Dieu par un spéculum pour donner raison à George Berkley

Cher journal,

Je ne cesse de varier le contenu des représentations pour dégager l’essence des vélos hémophiles. Je me rends souvent à la piscine pour convaincre les filles carbonisées de couvrir leurs cuisses et envahir le Pérou. Les glanstrouphistes de Lotbinière ont les yeux fixés sur mon minou oignon les dents de sucre ma mère est vierge. Jamais jamais jamais je n’avale les envies vitreuses de Cyrille et Méthode, je cultive plutôt des adverbes dans mon nombril oh viens les sentir profond profond profond viens les sentir on me mitraille le joséliste et je les sens je les sens je les sens. Personne ne veut tourner ma page parce qu’elle est molle comme un durillon transversal sur l’ovule de mon cœur. Viens près de moi avec ta langue caillée, j’ai les veines comme du papier riz la + quand tu me présentes un rouleau bon marché avec tes ongles humides subsumant mes désirs.

J’ai des mots pour mille ans mais trop peu de secondes pour leur donner le sein. J’ai des phrases comme une papesse de petit lait, plein l’utérus avec un cordon hygiénique, mais elles ont goût de postface et tous les garçons sans corps s’en détournent. J’ai des paroles vraies et acides comme des peines d’amour mais il n’y a plus de souveraine dans les limbes.